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CDJ : une journée et des rencontres exceptionnelles pour faire son devoir de mémoire

Par Marianne VIREMOUNEIX, publié le mardi 24 février 2026 18:23 - Mis à jour le lundi 9 mars 2026 09:00
"La mémoire n’est pas figée dans les livres d’Histoire. Elle vit par ceux qui choisissent de la transmettre". Le13 février, les élus de la commission Citoyenneté ont vécu une journée inoubliable aux côtés de grands témoins de la 2nde Guerre mondiale

Nous les avions d'abord invités à travailler autour de l'importance de savoir s'informer, profitant, déjà à ce moment-là, de la programmation des Archives départementales, en leur faisant découvrir l'exposition Fake news.
Le13 février dernier, les jeunes élus de la commission Citoyenneté du CDJ, étaient de retour aux Archives départementales pour partager, cette fois, une journée exceptionnelle autour du devoir de mémoire. 

Pas de démocratie sans mémoire

La commission "Citoyenneté" du Conseil départemental des jeunes a pour projet, la création d'un jeu de société autour des valeurs de la démocratie et de la défense des droits fondamentaux. Outre, la Liberté, l'Egalité, la Fraternité, les collégiens ont identifié l'Engagement, la Véracité (au sens de l'attachement aux faits, à la Réalité historique, le refus d'une "post vérité"), et le Devoir de mémoire comme des piliers de la démocratie, dont l'affaiblissement la met(trait) en danger.

En effet, alors que les heures les plus sombres de l'Histoire semblent en passe de pouvoir se répéter, il était primordial pour le Conseil départemental d'inviter ses jeunes représentants à découvrir, ou en tous cas à mieux connaître, notre Histoire, à reconnaître les souffrances, les résistances et les combats qui ont permis aux valeurs humanistes et républicaines de vaincre l'obscurantisme.

Une immersion dans la France occupée et attentiste

L'exposition Le Temps de la guerre 1939 - 1945 proposée aux Archives départementales offrait une parfaite « entrée en matière ». 

A travers les nombreux documents, photographies, objets de propagande ou outils et de la résistance, le visiteur vit une véritable immersion dans la France vaincue, dans la France occupée, pétainiste, attentiste, puis finalement libérée grâce au courage de quelques-uns (3% de la population a véritablement résisté) et l’intervention des alliés.

L’exposition a aussi permis aux jeunes de découvrir que le Gard, en zone libre jusqu’en 1942, n’avait pas été épargné par l’Occupation nazie. Les photos d’une foule, bras tendu, sur l’avenue Feuchères et de drapeaux nazis déployés aux Jardins de la Fontaine font partie des documents particulièrement marquants. Des sites gardois ont été les théâtres de crimes odieux : les ponts ferroviaires celui des pendus de Nîmes, le puits de Célas celui d'un charnier - mais aussi, de hauts faits de résistance, en Cévennes notamment. 

Dessin du sculpteur Jean-Charles Lallement représentant les pendus de Nîmes (Arch. dép. du Gard, 192 J).

La découverte de ces archives soulève toutes les questions. Pourquoi les Français ont-ils fait confiance au Maréchal Pétain et se sont-ils résolus à l’Armistice ? (Et d’ailleurs, combien étaient-ils pour l’acclamer lors de sa venue à Nîmes en 1941 ?) Comment se manifestait la propagande ? Qui a entendu l’appel du 18 juin ? Pourquoi a-t-il été lancé depuis Londres ? Les hommes politiques de l’époque se sont-ils opposés au régime de Vichy, à l’image du sénateur gardois Georges Bruguier (un des rares parlementaires à avoir voté contre les pleins pouvoirs à Pétain) ? Pourquoi les Juifs ont-ils obéi à l’Etat français en allant, pour la quasi-totalité d’entre eux, se faire recenser auprès de l’administration après la promulgation du Premier statut des Juifs.

 "A ce moment-là on ne savait pas." 

Face au mur recouvert des 931 fiches de Juifs gardois, trahissant l’obsession des états totalitaires pour le recensement de la population, Manon confie aux jeunes cette « anecdote » déchirante : 
En 1941, la toute jeune Simone Veil, alors pas plus âgée qu'eux, avait supplié son père, André Jacob de ne pas prendre part à ce fichage. Celui-ci, Français, ancien Combattant de la Première Guerre mondiale, décoré de la Croix de guerre, lui avait répondu ne pas voir pourquoi il devrait se cacher.

Le fichage des Juifs devait faciliter les rafles et l’extermination de 6 millions de Juifs eux en Europe.

Les médiatrices des Archives ont invité les jeunes à considérer ces moments historiques tels qu’ils pouvaient être perçus et compris à l’époque. Et pour répondre à ces questions taraudantes, leur ont rappelé qu'il était difficile de concevoir ce qui allait se se produire.

"Le devoir de mémoire, c’est aussi une invitation à la vigilance" 

Si l’on ne peut prédire l’avenir, il est primordial de connaître le passé. La connaissance de notre Histoire doit faire de nous des citoyens éclairés, lucides, capables d’analyser le présent avec attention et discernement.

Nul ne peut ignorer aujourd’hui, ce à quoi la mise en place d’un régime totalitaire, discriminatoire et antisémite peut conduire. 

L'exemple des résistants nous oblige. Si seule 3% de la population a alors refusé de s'avouer vaincue face aux nazis, au péril de sa vie, ne nous résignons jamais, même si nous n'étions pour cela qu'une minorité, à voir attaquées les valeurs d'Humanité qui fondent notre République.

C'est cette invitation à la vigilance et à l'engagement que 4 grands témoins liés à cette époque allaient transmettre aux jeunes élus, l'après-midi. Lors d'un long et souvent émouvant échange, ils leur ont raconté les combat d'alors et l'importance de faire vivre aujourd'hui la mémoire de ces combats.

"La mémoire n’est pas figée dans les livres d’Histoire. Elle vit par ceux qui choisissent de la transmettre". 
Sévane Hanin

4 générations de témoins

Marie-Laure Méger, présidente d'Objectif CNRD, Jean Monteux, Sévane Hanin et Virginie Bonfils-Bedos

Le CNRD : l'engagement de collégiens pour faire vivre la mémoire

Il nous tenait à cœur de faire découvrir aux collégiens qui ne le connaîtraient pas (encore) le Concours national de la Résistance et de la Déportation (CNRD) et bien sûr, d'encourager chacun d'eux à y participer, à l'instar de Sévane Hanin, jeune lycéenne déjà deux fois primée, que nous souhaitions depuis longtemps inviter à témoigner : Qu'est-ce ses participations à ce concours lui ont apporté ?

Aux côtés de Sévane, Marie-Laure Méger, présidente de l’association Objectif CNRD, a pu expliquer aux collégiens en quoi consistait la démarche du CNRD, comment y participer, quel serait le thème de la prochaine édition et présenter, bien entendu, de très originales réalisations pouvant prendre la forme d'un jeu de société (là aussi), d'un podcast, d'une exposition, etc, etc. 

Toute la commission soutient Manon, élue de Vauvert, qui participe cette année au Concours. Ces rencontres seront sources de précieuses informations pour Manon, puisque le thème du concours cette année est "La fin de la Shoah et de l’univers concentrationnaire nazi. Survivre, témoigner, juger (1944-1948)".

En avant-première, Mme Méger annonce le thème du Concours pour l'année 2026-2027 : "Les étrangers dans la Résistance". 

 A la fin de la journée, 5 ou 6 jeunes élus diront vouloir y participer eux-aussi ! Pari réussi !

>> En savoir plus sur le Concours national de la Résistance et de la Déportation

Jean Monteux : une adolescence aux côtés de la Résistance 

Les témoins directs de la période de l’Occupation ne sont plus très nombreux. Il apparaît d’autant plus important, à ceux qui ont traversé ces heures sombres de raconter aux jeunes générations comment la barbarie a pu se propager en Europe et comment leur famille, ou eux-mêmes, l’ont combattue.

C’est le cas de Monsieur Jean Monteux. Agé aujourd’hui de 97 ans, M. Monteux n’avait jamais raconté publiquement son enfance et son adolescence en Cévennes durant l’Occupation. Mais il y a quelques temps, constatant que l’histoire des pendus de Nîmes commençait à s’effacer des mémoires, M. Monteux a ressenti le besoin de transmettre ses souvenirs, toujours vifs et intacts. C’est ainsi qu’il a accepté notre invitation à raconter son histoire et celle de sa famille aux jeunes élus du CDJ.

Alors qu’il n’était âgé que de 15 ans, son frère Adolphe, résistant membre des FFT a été dénoncé par des Français et assassiné avec 2 de ses camarades. 

Leur mère et leur grand-mère ont été déportées.

Jean, lui-même, n’a dû sa survie qu’au sang-froid de son professeur mentant à la police allemande venue l’arrêter dans sa classe : « Jean Monteux, non il n’est pas là justement. Il doit être malade. » Aucun de ses camarades de classe n’avait heureusement objecté. 

Jean s’était alors, sur les conseils de ce professeur, caché quelques mois avec son père dans le maquis, avant d’être recueilli par sa sœur ainée. 

Le bâtonnier Bedos : s'engager, raconter

C’est aussi parce qu’elle veut ne veut pas que soit oublié le courage de son grand-père que Virginie Bonfils-Bedos a récemment consacré un ouvrage à ce dernier et rencontre les jeunes générations pour leur raconter l’incroyable et inspirant combat de cet avocat nîmois, Docteur en Droit, en Lettres et Premier prix de conservatoire. 

En 1943, Charles Bedos, déjà connu pour être un avocat engagé, sachant très bien ce à quoi il s’exposait, décida d’assurer la défense de deux jeunes communistes qualifiés de « terroristes » par la police de Vichy : Jean Robert et Vincent Faïta.

L’avocat fit une brillante et éloquente plaidoirie, mais Jean Robert et Vincent Faïta furent néanmoins condamnés à mort.

Devenu une cible toute désignée aux yeux des partisans du régime de Vichy, Charles Bedos fut arrêté par la gestapo et déporté dans le camp de concentration de Mauthausen (en Autriche).

Il revint en mai 1945, marqué à jamais par ce qu’il avait vu et vécu en déportation. 

Acceptant de présider la Fédération nationale des déportés politiques du Gard (FNDP) rôle jusqu'alors assuré par son épouse, il fut chargé de tenir un discours, dès le mois de septembre, pour témoigner de ce qu’avait été la déportation et ce que l’on n’appelait pas encore un génocide. Pendant tout l’été, il recueillit des témoignages de déportés. 
 

Le 1er septembre 1945, il tint, aux arènes de Nîmes, une conférence devant 7000 personnes, intitulée "De l'impossibilité de décrire".

Ce discours a été un moment très marquant de l’Histoire de Nîmes. A tel point que le 1er septembre 2025, un hommage a été rendu au combat de l'avocat : des comédiens relurent, dans les arènes, le bouleversant récit prononcé en ce même lieu 80 ans plus tôt.

Charles Bedos est mort en 1966 des suites de la tuberculose qu’il avait contractée en déportation.

Extrait du discours du Bâtonnier Bedos, prononcé le 1er septembre 1945, aux arènes de Nîmes

« 10 mois se sont écoulés depuis que la grosse masse des déportés politiques – pauvre et lamentable masse en vérité, des faméliques survivants – a été rapatriée. 

Depuis lors, et même depuis que les tanks libérateurs ont rompu les fils barbelés, l’opinion mondiale a été informée des hallucinantes horreurs qui se passaient dans les camps de concentration créés et dirigés par les nazis. 

Toute une littérature a fleuri sur ces enfers. 
Des photos et des films ont été présentés au public. 
De nombreux et ardents conférenciers, d’autant plus émouvants qu’ils évoquaient leur propre calvaire, en ont instruit de vastes auditoires. 
J’ai lu cette littérature,
 J’ai vu les photos et les films,
 J’ai religieusement écouté les orateurs qui, avec des talents divers, s’évertuaient à faire revivre les heures atroces qu’ils avaient vécues. 
J’ai observé le respect, l’émotion et les réactions des lecteurs, spectateurs et auditeurs que secouaient souvent des frissons d’horreur.
 J’ai vu bien des yeux se remplir de larmes. 

Et bien, malgré ce, je proclame que nul – hormis ceux qui sont passés par là – ne peut se faire une idée, même lointaine du régime de souffrances et de détresses, d’atrocités et de tueries, d’agonies et de mort qui régnait dans les camps maudits. 

 

Ni Charles Bedos, d’après le témoignage de sa petite fille, ni Jean Monteux n’a développé de haine envers le peuple allemand. 
Face aux jeunes conseillers départementaux qui lui demandaient s’il regrettait l’engagement de son frère, Jean Monteux a rappelé quel pouvait être le prix de la Liberté et que défendre celle-ci même au prix de sa vie était un devoir moral.

Ces personnes dont la vie a été directement impactée par le fascisme ont appelé les jeunes élus à refuser la haine. En cette période où des dérives idéologiques et des politiques discriminatoires commencent à faire craindre une reproduction des pires heures de l'Histoire, elles les ont exhortés à la plus grande vigilance, à faire chaque fois qu'ils le pourraient le choix de l'Humanité et de la Fraternité.

"Comment résister aujourd'hui ?" A travers son vote, notamment" a conseillé Jean Monteux en conclusion.

Pour les adultes qui ont eu la chance d'assister à cette rencontre, comme pour les collégiens, ces témoignages résonneront longtemps. Mais la mémoire doit encore, toujours et régulièrement être réactivée. Le Conseil départemental continuera à soutenir toutes les actions qui permettront de ne pas oublier. Et de ne pas recommencer !

"Le verbe résister doit toujours se conjuguer au présent". 
Lucie Aubrac

 

>> L'exposition Le temps de la Guerre. 1939-1945 dans le Gard accueille régulièrement des groupes scolaires >> Se renseigner

>> Découvrir le livret d'activités consacré à la Seconde Guerre mondiale dans le département.

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